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Peinture à l'huile: débuter, comprendre et s'améliorer !

Publié le : 26/06/2014 11:31:38
Catégories : Huile Rss feed

La peinture à l’huile est historiquement la technique la plus noble mais également une des plus complexes.

Un peu comme en cuisine. Soit on suit la recette à la ligne, soit on improvise mais dans ce cas mieux vaut connaître ses ingrédients et leur goût, sinon le résultat est loin d’être garantie !

Trop de jeunes peintres se plaignent des craquelures qui apparaissent ou de la peinture qui ne sèche pas, et puis quels matériaux choisir et comment les utiliser, etc…

Si vous êtes débutants et que vous voulez peindre à l’huile alors je vous conseille de lire ceci !

 

Présentation de la peinture à l’huile

Cette peinture est un mélange de pigment et d’huile. L’huile en peinture, contrairement à celle utilisée en cuisine, est siccative, c’est-à-dire qu’elle durcit au contact de l’air et de la lumière. Le diluant étant l’essence de térébenthine. 

Officiellement cette technique a été créée par les frères Van Eyck au XVe siècle. Cette « invention » crée toutefois la polémique car la technique à l’huile n’a cessé d’évoluer au fil du temps, il est donc assez difficile de donner une date précise. En vérité ce n’est pas la technique à l’huile qu’ils ont inventé, mais une « nouvelle peinture à l’huile », nouvelle dans son procédé et dans sa manière de l’utiliser.

Pour un travail réussit et de qualité en peinture à l’huile, il y a certaines règles à respecter qui sont d’ordre chimique. Ne prenez pas peur ! Elles se comprennent facilement car elles sont logiques. Mais si celles-ci ne sont pas respectées alors le résultat peut être assez catastrophique pour votre œuvre, causant parfois des dégâts irrémédiables telles que des craquelures ou des coulures par exemple.

 

Ses caractéristiques 

Sa brillance

Un tableau peint à l’huile est forcément brillant par nature car c’est la présence de l’huile qui crée cet effet. Vouloir une peinture à l’huile mate est contre-nature. C’est possible mais vous perdrez toutes les qualités esthétiques propres à cette technique. Certaines couleurs vont briller plus que d’autres, afin d’uniformiser le rendu l’application d’un vernis à retoucher suffit une fois l’œuvre terminée.

Son séchage

Le séchage est le processus d’évaporation. L’huile étant un corps gras rien ne s’évapore, au contraire, elle emprisonne l’oxygène faisant augmenter son poids de 15%. Les huiles utilisées en peintures sont siccatives, c’est-à-dire qu’elles durcissent au contact de l’air et de la lumière, passant d’un état liquide à un état solide.

En vérité la peinture à l’huile ne sèche pas, elle durcit. Et cela peut prendre du temps, beaucoup de temps !

En couche fine, il faut prévoir quelques semaines, en couche normale à épaisse… plusieurs mois ou plusieurs années ! A savoir que si la pâte est vraiment trop épaisse ou si l’huile n’est pas assez siccative, alors votre tableau ne séchera jamais…

C’est un phénomène purement physique et logique qui se produit et c’est pour cette raison qu’il faut peindre en couche fine plutôt qu’en épaisseur. La surface va se durcir assez rapidement, alors qu’en profondeur la peinture sera encore « molle », donc au moindre mouvement ou tension, la croute en surface va inévitablement se craqueler. Et il n’y a pas de remède à cela…

La peinture à l’huile n’est pas une technique à utiliser pour les empâtements. Les résultats de ceux qui l’ont tenté ne sont guère réussit. Il suffit de voir certaines œuvres de quelques impressionnistes dans les musées, nombreuses de celles peintes aves des empâtements sont aujourd’hui complétement craquelées et avec un tas de poussière incrustées dans la pâte.

En revanche, il est possible d’utiliser des médiums d’empâtement à mélanger aux couleurs à l’huile. Ainsi vous obtenez de l’épaisseur sans utiliser une grosse quantité de peinture, réduisant ainsi le problème du séchage. Attention toutefois de bien respecter la règle du gras sur maigre !!

 

La règle du « gras sur maigre », explication :

La chose la plus importante à retenir concernant la peinture à l’huile, c’est la fameuse règle du « gras sur maigre ». Mais qu’est-ce c’est ??

Grosso modo c’est la nécessité d’appliquer une couche toujours plus grasse que la précédente. Cela permet à l’œuvre de sécher, de durcir et de vieillir correctement grâce au bon déroulement d’un phénomène tout-à-fait naturel, celui de la siccativation.

Il est important de laisser ce phénomène agir naturellement, pour cela la surface doit toujours être plus molle (donc plus grasse) que la profondeur. En effet, les couches externes siccativent en premier et forment alors une barrière à la pénétration de l’oxygène jusqu’au cœur de la peinture. Comme nous l’avons vu précédemment, un phénomène purement physique et logique se produit : la surface étant au contact de l’air va se durcir assez rapidement, alors qu’en profondeur la peinture sera encore « molle », donc au moindre mouvement ou tension, la croute en surface va inévitablement se craqueler.

Distinguons un produit gras d’un produit maigre :

Un produit est gras lorsqu’il est composé d’huile ou de résine. Une peinture grasse à base d’huile sera naturellement brillante et glissante, si la proportion est trop importante la peinture sera en plus coulante, jaunissante et cassante.

A l’inverse un produit maigre ne comporte aucun produit gras, donc ni huile ni résine dans sa composition. Le rendu d’une peinture trop maigre est sec, terne et les couleurs peuvent être instables dans le temps car les pigments ne sont pas protégés.

Si ce principe n’est pas respecté alors c’est la vie de l’œuvre qui est en jeu. D’une part des craquelures vont se former comme nous venons de la voir, et d’autre part le temps de séchage sera considérable, et tant qu’un tableau n’est pas sec il ne peut être vernis, donc il sera fragile face aux attaques extérieurs comme la poussière, la fumée, etc…

 

Comment peindre à l’huile ?

Il existe globalement deux manière de peindre à l’huile, l’une est traditionnelle, l’autre est relativement moderne. La première est lente, belle et authentique, la seconde est rapide, spontanée et contemporaine. 

Méthode traditionnelle

Cette manière de peindre s’adresse aux personnes rigoureuses, patientes et en recherche d’authenticité. La peinture à l’huile dans sa pratique traditionnelle est faite de plusieurs étapes : D’un dessin préparatoire, d’une ébauche, d’une ou plusieurs couches de peinture, de glacis et enfin de vernis.

Tout d’abords tracer les grandes lignes et les contours de votre motif sur la support ; soit avec un fin pinceau d’une couleur diluée, comme de la terre de Sienne ou de l’ocre, soit avec un fusain.

Ensuite, l’ébauche s’effectue d’une seule teinte fortement diluée. Cette étape place les ombres et les lumières.

Vient le moment de passer à la couleur. Plusieurs couches peuvent être appliquées mais attention ! Veillez à respecter le temps de séchage d’environ 2 semaines entre chaque couche afin qu’elle durcisse correctement, ainsi que la règle du gras sur maigre. La nouvelle couche doit toujours être plus grasse que la précédente.

Exemple (il existe de nombreuses variantes) : Une 1ere couche faite d’un mélange de couleur + médium à peindre / 2e couche faite d’un mélange de couleur + Huile.

Puis, une fois que votre peinture a de nouveau pris le temps de durcir pendant 2 ou 3 semaines, vous pouvez à présent appliquer les glacis. Un glacis est le propre de la peinture à l’huile et c’est ce qui lui confère toute la noblesse et la profondeur de ses tons. Ce qui était autrefois un indispensable du métier et aujourd’hui peu maîtrisé et même peu connu des artistes, même professionnels.

Un glacis est une couleur transparente qui superposée à un autre, lui modifie sa teinte sans la recouvrir. L’exemple type est un glacis bleu sur un fond jaune qui donnera du vert. Seulement l’intensité de cette nouvelle teinte sera bien plus belle et profonde qu’une simple couleur verte car les rayons de lumière traversent toutes les couches pour se réfléchir sur celle qui est le plus en profondeur. Un peu comme si vous superposiez des verres colorés.

Bref, la technique traditionnelle de la peinture à l’huile est passionnante, envoutante mais longue et rigoureuse. Mais pour ceux qui sont davantage dans le spontané et qui ont un besoin de rapidité d’exécution, il y a la seconde méthode : L’alla prima !

 

Méthode alla prima

Par définition, peindre alla prima signifie peindre en seule séance, réaliser une œuvre en une seule fois. « Peindre dans le frais » selon l’expression. Contrairement à la technique traditionnelle, les étapes de l’ébauche et des glacis sont supprimées, le dessin préparatoire est une option, et les couleurs sont appliquées en une couche unique et fraiche. En clair, il suffit de prendre sa palette, ses pinceaux et sa toile et de se lancer ! Cependant, pour réussir il faut de l’assurance dans ses gestes et savoir où l’on va.

Petites astuces : Commencer par peindre la globalité, les formes et les grandes lignes, pour petit à petit parvenir à peindre les détails. Munissez-vous de plusieurs pinceaux, cela évitera d’avoir à les nettoyer à chaque changement de couleur.

 

Choisir son matériel pour bien commencer

Le support 

 Pour débuter, deux matériaux sont recommandés : Les toiles sur châssis ou les cartons toilés.

Les toiles sur châssis prêtes-à-l ’emploi sont proposées en général en toile de lin ou en coton. Le lin est plus cher mais bien plus résistant, c’est la meilleure qualité. En revanche le coton a tendance à se détendre plus facilement mais son prix est moins élevé… Un bon choix qualité/prix se porte donc sur les mixtes, les toiles fabriquées dans un mélange de lin et de coton. Autrement, les toiles en polyester sont également disponibles, c’est une fibre synthétique offrant un bon rendu.

Autre choix, celui des cartons toilés. C’est un carton rigide marouflé d’une toile qui a le mérite d’être résistant, pratique et à très bas prix. C’est un bon compromis car il est plus solide qu’une feuille de papier et moins encombrant qu’un châssis puisqu’il ne fait que quelques millimètres d’épaisseur. Et surtout son prix est vraiment abordable.

Vous trouverez également des blocs de papier spécial huile qui ressemble à de la toile. Le problème c’est qu’au bout d’un certain temps lorsque la peinture sèche, elle contracte le papier qui finit par gondoler ou se tordre, donc la seule solution est de le maroufler sur un support rigide comme un panneau de bois par exemple.

Les peintures 

Comme dans tous les domaines, la qualité a un prix. La qualité professionnelle, appelée extra-fine, offre des couleurs lumineuses et résistantes dans le temps car leur concentration pigmentaire est importante. Elles demandent un budget assez conséquent mais elles assurent un bon rendu.

La qualité amateur/étudiant/débutant est ce qu’on appelle la fine. La concentration pigmentaire est moins élevée ce qui réduit le coût, mais aussi l’intensité et la résistance de la couleur. Le choix des couleurs est aussi large que pour la qualité supérieure, vous trouverez forcément la teinte qu’il vous faut.

Pour commencer, mieux vaut se procurer un coffret ou un set. Ainsi un assortiment raisonné de couleurs est préparé. C’est plus pratique car les couleurs de bases déjà sont proposées.

Les pinceaux

Il en existe de toutes sortes : Des poils naturels, des synthétiques, des poils dures, des souples ; et de toutes les formes : des brosses, des ronds, des éventails… Il existe tout un tas de pinceaux pour peinture à l'huile !

Chaque forme et chaque sorte est propre à une manière de peindre et donnera un résultat différent. Le mieux au départ et de s’en procurer plusieurs, tous différents, ainsi en les essayant et en les manipulant il sera plus aisé de trouver ceux qui conviennent le plus à votre pratique.

Pour savoir comment les choisir, cliquez ici pour lire l'article.

A savoir que les poils dures sont préférables pour les empâtements alors que les poils souples sont mieux pour les couches fines. Les pinceaux en petits-gris sont à exclure de cette technique car leur fragilité ne supporterait pas les solvants.

Autre matériel

Un flacon de médium à peindre est nécessaire. Il augmente la fluidité de la peinture, ainsi que sa brillance, certains accélèrent le temps de séchage.

Un flacon d’huile également. Ainsi vous êtes équipés pour travailler gras sur maigre. L’huile de lin est celle qui sèche le plus rapidement mais étant donné sa teinte naturelle ambrée, elle a tendance à jaunir un peu les couleurs. Les huiles d’oreillette et de carthame ne modifient pas la teinte mais sont moins siccatives que l’huile de lin. Pour vous aider à les choisir et en savoir d'avantage, cliquez ici pour lire l'article.

Puis un solvant. Il permettra de diluer les couleurs et surtout de nettoyer les pinceaux. Pinceaux qu’il faut ensuite laver à l’eau et au savon afin d’enlever le solvant restant. Ainsi vous les garderez en bon état plus longtemps ! Le mieux c’est l’essence de térébenthine, mais le White Spirit fait également l’affaire.

Et enfin, le vernis à retoucher qui fait également partie des indispensables. Il s’applique dès que la peinture est dure au toucher, c’est-à-dire quelques jours ou quelques semaines après avoir terminé l’œuvre. Il a trois rôles : Il protège provisoirement, il uniformise la brillance des teintes, et il permet de peindre des retouches car sa composition s’incruste dans la couche précédente.

Le vernis final quant à lui ne s’applique pas avant au moins 1 ans.

Trucs & Astuces

  • Si vous faites votre dessin sur votre support avec un fusain, passer avec un chiffon doux dessus une fois terminé pour enlever l’excédent de matière, sinon le fusain noircira vos couleurs.
  • Ces teintes qui deviennent mates rapidement après l’application subissent ce qu’on appelle des embus. Le support ou la couche précédente absorbe trop l’huile de votre couleur. L’application d’un vernis à retoucher redonnera le brillant et rendra votre tableau homogène.
  • Ce n’est pas en rajoutant de l’essence ou un quelconque solvant dans la couleur que celle-ci deviendra moins grasse. L’essence s’évapore alors que l’huile reste, donc sa quantité ne diminuera pas.
  • Si de l’huile sort de votre tube, ce n’est pas grave, c’est l’excèdent d’huile lors de la fabrication. Déverser délicatement l’excédent sur un papier absorbant tout simplement.

 

!! Attention de bien aérer votre atelier ou lieu de travail, car la pratique de la peinture à l’huile nécessite l’usage de solvants qui sont nocifs pour la santé. L’huile n’est pas dangereuse, ce sont les solvants utilisés qui le sont !!

Article écrit par Amandine Gilles de www.techniquedepeinture.com